Traditionnellement, les premiers jours de course de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe sont synonymes de choc frontal avec les phénomènes météorologiques automnaux… et de stress pour les marins. La tempête Austen qui a frappé le village de Saint-Malo la semaine dernière témoigne de ce que le climat peut réserver cette période de l’année. Mais rien de tout cela n’est pour l’instant au programme de cette 13e édition ! Un puissant anticyclone sur les îles britanniques bloque la circulation d’une vaste dépression qui stationne du côté du Groenland. Parallèlement, le très long front associé à cette dépression se prolonge jusqu’à la latitude des Canaries, perturbant totalement la formation des alizés. Cette situation météorologique relativement atypique pour la saison devrait accoucher d’une stratégie déjouant les statistiques de la Route du Rhum.
30.10.2026
Route atypique et début de course optimum.
Pour l’accompagner sur la meilleure trajectoire possible et veiller à sa sécurité 24 heures sur 24, Charles Caudrelier est épaulé à terre par ses anges gardiens Erwan Israël et Julien Villion*, une cellule routage hors pair assurée par deux talentueux navigateurs impliqués au quotidien dans le développement du Maxi Edmond de Rothschild. Les deux hommes prenaient aujourd’hui leurs quartiers dans leur « maison routage » de Larmor Plage, leur QG pour ces huit prochains jours. Depuis la terre, ils seront en contact direct avec le skipper de Gitana 18, dans ce qui s’annonce être une Route du Rhum atypique, loin de l’habituel rush vers les alizés.

Route nord et vitesses max dans les vents portants
« Les modèles sont raccord depuis plusieurs jours. On se dirige vers une route orthodromique – la plus courte pour rallier les Antilles – en passant au nord des Açores, avec, au moins jusqu’à l’archipel portugais, une immense partie de glissade à grande vitesse, explique Erwan Israël après avoir relevé les fichiers météo du matin. « Pour l’instant, cette première partie est assez limpide. Ensuite, à partir des Açores, il y a trop d’incertitudes. Cela dit, ce sont des conditions plutôt favorables pour débuter la course, au portant sur une mer sage », poursuit celui qui est en outre le pilote d’essai et le responsable de la performance de Gitana 18.
En deux jours et demi aux Açores ?
Le départ – dimanche 1er novembre à 13h02- devrait être donné dans un vent de nord-est de 10/15 nœuds. Cette phase ne sera pas la plus rapide, ni la plus évidente. Jusqu’à la première marque du cap Fréhel, il faudra peut-être empanner une paire de fois, puis surveiller le trafic maritime jusqu’en sortie de Manche, avec le DST d’Ouessant à traverser. Le vent devrait fraichir à mesure que les grands multicoques progresseront vers l’ouest, avant un empannage du nuit. Puis, cap au Sud, en bâbord amures, pour une grande descente en forme de concours de vitesse jusqu’aux îles portugaises. « On peut difficilement faire plus rapide dans ces conditions ! Nous verrons certainement les Ultim atteindre les 35/ 40 nœuds. Et en deux jours et demi, nous devrions avoir passé les Açores. Par contre, après, on peut s’attendre à tout, des zones de petit temps, des vents contraires, des alizés qui se reconstruisent. Cette deuxième partie sera beaucoup plus stratégique. Certains routages voient une arrivée en Guadeloupe en moins de six jours, mais à ce stade, vu le niveau d’incertitude sur la fin, il est difficile de parier là-dessus » poursuit Erwan.

Une synergie terre – mer
La bonne nouvelle dans ce tableau, c’est que ni Charles Caudrelier, ni ses concurrents ne seront cueillis à froid par le mauvais temps. C’est un facteur important – et rassurant – pour le skipper du Maxi Edmond de Rothschild qui n’a pas navigué plus de trois jours en solitaire sur ce trimaran révolutionnaire.
Dans ce contexte, le rôle des hommes à terre est fondamental. Erwan Israël et Julien Villion auront pour mission d’assurer la sécurité de leur skipper, de lui faciliter la tâche sans perdre de vue l’objectif de performance, de lui proposer des timings pour déclencher une manœuvre, de le pousser à aller dormir, de répondre à ses doutes ou à ses questionnements, et de monitorer les performances de Gitana 18.
Charles Caudrelier sait qu’il peut s’appuyer sur ses anges gardiens à qui il voue une confiance totale. Il n’en demeure pas moins qu’il sera seul confronté à l’usure de la vitesse et au maniement de son bateau géant au milieu de l’Atlantique. Et c’est à lui, au bout du compte, que reviendront les décisions finales et leur exécution, pour arriver le mieux placé possible en Guadeloupe autour du 6 ou du 7 novembre.
*Erwan Israel œuvre à plein temps au sein du Gitana Team en tant que navigateur et responsable des performances. Il a été responsable du routage de la précédente Route du Rhum victorieuse de Charles Caudrelier sur Gitana 17. Avec Julien Villion (et Benjamin Schwartz), il était également aux commandes lors de l’Arkea Ultim Challenge- Brest, tour du monde en solitaire remporté par Caudrelier.