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Retour aux actualités 18 novembre 2014

Les mots de la fin

Objectif Rhum Multi70 Edmond de Rothschild Sébastien Josse

Il y a une semaine jour pour jour - mardi 11 novembre - tandis que la nuit guadeloupéenne battait son plein sur la place de la Victoire de Pointe-à-Pitre, Sébastien Josse franchissait la ligne d'arrivée de la Route du Rhum Destination Guadeloupe. Le skipper du Gitana Team s'adjugeait la 3e place et complétait le podium de la 10e édition après 8 jours, 14 heures, 47 minutes et 9 secondes de mer particulièrement intenses. A la barre du Multi70 Edmond de Rothschild petit poucet de la classe Ultime le solitaire signait ainsi une performance plus que remarquée face aux trimarans géants de la catégorie reine. Avant de tourner la - belle - page de la Route du Rhum pour s'élancer dans de nouveaux grands défis, Sébastien Josse se replonge pour nous dans sa première transatlantique en solitaire en multicoque.

Première transat solo en multicoque

« J'ai quitté Saint-Malo serein – car avec l'équipe nous avions fait tout ce qu'il fallait - mais il y avait forcément un peu de tension en s'élançant car ce n'est pas tous les jours que l'on part sur une telle course. Le départ est toujours un moment stressant. Je souhaitais être prudent sur ces premiers milles, ce que j'ai fait avant de rentrer vraiment dans le rythme le long des côtes bretonnes lors de la première nuit. Je savais que les trois premiers jours allaient être difficiles, avec du vent et de la mer, mais pour le reste c'était un peu l'inconnu. Je ne voulais pas me laisser prendre par la pression des concurrents au risque de faire des erreurs et de naviguer au delà de mon niveau, de me mettre dans le rouge. Mais ça n'a jamais été le cas : je ne me suis jamais fait peur sur cette transat, j'ai fait ma course, à mon rythme et lorsque j'attaquais c'est que je me sentais pleinement en confiance pour le faire. Mis à part les premiers jours, où nous avons dû faire le dos rond dans le gros temps, ça n'a été que du bonheur ! J'ai pris énormément de plaisir, notamment dans les alizés. Nous avons eu des alizés relativement calmes – entre 18 et 20 nœuds – avec peu de mer : les conditions idéales en multicoque. A 30 nœuds, sous gennaker et sur un patin, c'est tout simplement magique… L'arrivée reste un grand moment ! La course et le stress sont derrière toi et tu n'as que les bons souvenirs à l'esprit avec le sentiment du travail bien fait. C'était ma première en solo en multicoque mais je signe tout de suite pour une deuxième !»

Une 3e place aux airs de victoire

« Quand je m'élance sur une course, je pars dans le scénario le plus rationnel possible. Dans ce cas, je considérais qu'une 4e place serait déjà un très bon résultat compte tenu du plateau des gros multicoques en Ultime. Mais dans un coin de ma tête j'avais envie de plus. Je pensais avoir une carte à jouer dans la catégorie des 70-80 pieds. Banque Populaire et Spindrift étaient intouchables de par la taille du bateau. Si nous avions eu les mêmes, les choses auraient peut-être été différentes mais là clairement le match n'a que très peu existé même si je suis parvenu à tenir la cadence quelques jours. Quand j'étais à 100 % pour accrocher ma 3e place, je pense que Loïck et Yann avaient encore au moins 20 % du potentiel de leur machine sous le pied. J'ai gagné la Route du Rhum dans ma catégorie (rires) …celle des petits grands multicoques !»

Une équipe à ses côtés

« Comme toujours, l'équipe du Gitana Team avait fait un travail remarquable tant dans le chantier d'hiver que sur la préparation du bateau. C'est très important de pouvoir s'appuyer sur une telle équipe ; savoir que l'on dispose d'une machine où rien n'a été laissé au hasard, cela permet de partir serein et de se transcender sur l'eau. Ma troisième place est bien sûr la leur. Evidemment, je pense aussi à Antoine Koch et Jean-Yves Bernot qui m'ont routé et qui ont fait un super job sur cette partie. Avec Antoine, nous nous connaissons sur le bout des doigts et ça a été un atout considérable sur cette course. Les choix de trajectoires étaient en complète adéquation avec ce que je vivais en mer. Nous étions sur la même longueur d'ondes et tout s'est déroulé avec beaucoup d'harmonie. Nous travaillons quotidiennement ensemble, puisque Antoine est également en charge du bureau d'études du Gitana Team, et nous avons beaucoup navigué ces trois dernières années. Cette complicité a joué un grand rôle ; merci à lui.»

L'audace et l'innovation récompensées

« Techniquement tout s'est bien déroulé hormis un problème de moteur dans les tous derniers jours. Cette avarie aurait pu être très grave pour la course, car sans moteur pas d'énergie et donc plus de pilote automatique, mais nous avons trouvé des solutions pour que cela tienne jusqu'au bout et j'ai dû beaucoup barrer sur la fin.
Le système des plans porteurs développé par le Gitana Team, en collaboration avec l'équipe de Guillaume Verdier, a clairement fait ses preuves et les safrans sont arrivés intacts en Guadeloupe. Cette transat nous a permis de valider la fiabilité du système dans le mauvais temps, lors des premiers jours de course, mais également sur la durée. Le Multi70 Edmond de Rothschild n'était pas équipé d'outils de mesures de performance mais en termes de sensation le plus est réel. Les safrans en T créent un effet turbo indéniable sur le bateau à certaines allures. L'ajout de ce système est également intéressant question sécurité car nous avons gagné en stabilité ce qui m'a notamment permis d'attaquer les premiers jours dans la brise sans me sentir en danger. Le pari du Gitana Team était audacieux compte tenu du peu de temps de développement et de fiabilisation que nous avions mais l'expérience est un succès. Notre marge de progression est encore importante, ce qui s'annonce passionnant pour la suite.»

L'avenir

« Le Gitana Team va poursuivre les développements sur la plateforme du Multi70 Edmond de Rothschild. Avec les plans porteurs sur les safrans de flotteurs nous avons ouvert une voie et franchi une première étape importante mais ce n'est pas fini. Il nous reste beaucoup de travail et nous allons mener des investigations plus poussées sur les nouvelles générations d'appendices. L'objectif est bien de capitaliser sur l'avance prise et de devenir le premier trimaran océanique volant. Dans le même temps, l'équipe travaille sur le monocoque 60' Edmond de Rothschild, actuellement en construction chez Multiplast à Vannes et dont la mise à l'eau est programmée en juin 2015. C'est un autre défi mais tout aussi motivant qui nous attend avec la Transat Jacques Vabre en novembre et bien sûr le Vendée Globe 2016 que nous avons déjà tous en tête. Je suis un skipper comblé ! Benjamin et Ariane de Rothschild, et le groupe Edmond de Rothschild, nous offrent une chance incroyable de pouvoir vivre notre passion au plus haut niveau ; un très grand merci à eux ! »

Si le clap de la fin a sonné pour Sébastien Josse et les marins de la catégorie Ultime, quarante-huit solitaires sont encore en mer aujourd'hui mais savoureront très prochainement les joies de la ligne d'arrivée de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. L'écurie fondée par le Baron Benjamin de Rothschild vous donne rendez-vous dans quatre ans pour la 11e édition de la reine des transatlantiques en solitaire, qui a une nouvelle fois prouvé la justesse de son titre.

Classement de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe / Classe Ultime
  1. Banque Populaire VII (Loïck Peyron) en 7 jours, 15 heures, 8 minutes et 32 secondes
  2. Spindrift 2 (Yann Guichard) en 8 jours, 5 heures, 18 minutes et 46 secondes
  3. Edmond de Rothschild (Sébastien Josse) en 8 jours, 14 heures, 47 minutes et 9 secondes
  4. Prince de Bretagne (Lionel Lemonchois) en 8 jours, 17 heures, 44 minutes et 50 secondes 
  5. Musandam Oman Sail (Sidney Gavignet) en 8 jours, 19 heures, 15 minutes et 24 secondes
  6. Idec Sport (Francis Joyon) à 9 jours, 4 heures, 42 minutes et 4 secondes
  7. Paprec Recyclage (Yann Eliès) 9 jours, 5 heures, 48 minutes et 15 secondes

Abd - Sodebo Ultim'

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